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	<title>Chroniques berlinoises &#187; Hitchcock</title>
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		<title>Chroniques berlinoises I. 2. L&#8217;APRÈS : Berlin, février 1998, centenaire de Brecht</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Dec 2008 21:39:48 +0000</pubDate>
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FÉVRIER 1998


BERLIN, CENTENAIRE DE BRECHT 







Du temps de mes visites studieuses, on l’aura compris, je n’aimais ni  Berlin-Est  ni Berlin-Ouest. Je n’aimais pas être insultée quand j’allais à l’Est ou quand j’en revenais,  par de vieux bonshommes hargneux qui stationnaient aux points de  passage. Je n’aimais pas l’arrogance de si nombreux Allemands de Berlin-Ouest, trop [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=fpbchb.wordpress.com&blog=1910555&post=928&subd=fpbchb&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p style="text-align:center;"><strong><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
<span style="color:#993300;">FÉVRIER 1998</span></span></strong></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#993300;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#993300;"><span style="font-family:verdana,geneva;">BERLIN, CENTENAIRE DE BRECHT</span></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#008080;"> </span></span><strong><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#008080;"><br />
</span></span></strong></p>
<p style="text-align:center;"><strong><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#008080;"><br />
</span></span></strong></p>
<p style="text-align:center;"><span style="color:#008080;"><em><strong><br />
</strong></em></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Du temps de mes visites studieuses, on l’aura compris, je n’aimais ni  Berlin-Est  ni Berlin-Ouest. Je n’aimais pas être insultée quand j’allais à l’Est ou quand j’en revenais,  par de vieux bonshommes hargneux qui stationnaient aux points de  passage. Je n’aimais pas l’arrogance de si nombreux Allemands de Berlin-Ouest, trop bien nourris et caricaturalement, c’est-à-dire fascistement anticommunistes. Et tant d’autres choses encore. La division produisait, des deux côtés, des formes de pression, de surenchère, difficiles à supporter. Dans les deux partis de la ville, l&#8217;ennui exhibait ses façades. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Berlin-Est/-Ouest était un lieu de passage, je travaillais à l&#8217;Est et  je </span><span style="font-family:verdana,geneva;">couchais à l&#8217;Ouest ; l</span><span style="font-family:verdana,geneva;">es allées et venues ne facilitaient ni les rencontres ni le tourisme urbain. Je ne connaissais de Berlin-Est que la F<em>riedrichstrasse, </em>la <em>Chaussestrasse</em>, ses alentours et les théâtres. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Je restai étrangère à cette ville. </span><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les frontières abolies, je découvre que j’aime cette ville, sa générosité spatiale, sa faible densité, ses lacs à presque portée de jambes. J&#8217;aime son horizontalité, qui n&#8217;est pas le terre à terre, mais une forme de modestie. Même quand elle pavane un passé militaire glorieux, bismarckien, (&#8220;Die Goldelse&#8221;), ou les restes arrogants de son passé wilhelmien, elle a su en gommer au fil des remaniements, et l’esprit au carré du « Roi soldat » (Friedrich Wilhelm, I.), multipliant dans la ville en extension, des places pour l’exercice de ses troupes, et atténuer le monumental de certaines façades en les insérant dans de vastes espaces qui semblent en rapetisser l&#8217;insolence.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’aime son art du <em>faire-avec :</em> faire-avec les erreurs des politiciens qui décident des transformations urbaines, faire–avec les contradictions de son passé architectural, visant la puissance&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Sachant qu’elle ne pourra pas (ou pas encore) rivaliser avec ses aînées, Paris, Londres, Rome, elle décide de faire de sa gaucherie, un art de vivre. Un vivre simple et facile. Ses poumons verts (plus de 17% de forêt) permettent aux poumons humains de s’oxygéner, on peut marcher des heures sans fatigue, alors qu’à Paris, les odeurs d’essence, l’air vicié encarbonent rapidement le flâneur. Ses moyens de transport, très diversifiés, pensés pour faciliter la vie des usagers,  mettent le centre de la ville à la portée des arrondissements les plus éloignés. Pas de périphérie donc. Pas de banlieusards parqués. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Cette ville étendue a gardé un quelque chose de provincial, assez indéfinissable, qui fait son charme. Est-ce un effet de la division qui lui colle encore à la peau?  Où est-ce parce que Berlin n’a jamais été la capitale de l’Allemagne au sens où Paris est capitale de la France depuis toujours (ou presque) ?  Les capitales régionales, fortes d&#8217;un long passé glorieux, se refusent à céder leur place à la capitale &#8216;prussienne&#8217;, aujourd&#8217;hui dans un statut d&#8217;entretenue. D&#8217;où vraisemblablement ses allures décontractées.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Deviendra-t-elle  la capitale européenne, pont entre l’Est et l’Ouest ?  Ce qu’elle était dans les années vingt. Le futur de Berlin, dans l&#8217;état actuel des choses, me paraît imprévisible.</span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> En février 1998,  je séjournai  dans un hôtel, l’<em>Atrium,</em> une annexe de l&#8217;Hôtel Albrecht, à proximité du Berliner Ensemble. Un hôtel où j’avais passé quelques nuits, l’année où j’avais obtenu l&#8217;autorisation de séjourner en RDA. Je me souviens encore de la literie d&#8217;un blanc éclatant, à l&#8217;odeur agréable, si raidement repassée que la main pouvait glisser sur le drap, l&#8217;oreiller.  Presque un air d&#8217;hôpital. La chambre  dans sa simplicité, avait quelque chose de spartiate.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Rénové, il a perdu son enseigne d’<em>Hospiz, </em>désignant son appartenance à une &#8216;Mission&#8217; (en ce cas protestante).  La Bible aussi a changé, elle s’est modernisée. Caricaturalement modernisée.  Une nouvelle traduction dans « l&#8217;allemand d&#8217;aujourd&#8217;hui » est censée mettre le Nouveau Testament* </span><span style="font-family:verdana,geneva;">à la portée du<em> </em>grand public.</span><span style="font-family:verdana,geneva;"> Si on sait que la traduction de la Bible dans le « langage du peuple » par Luther, participe de la création de la langue allemande, on pourrait pleurer ou rire. Elle est i</span><span style="font-family:verdana,geneva;">llustrée de photographies, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">empruntées à tous les champs de la société d&#8217;aujourd&#8217;hui, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">dont une photographie de Dachau (vues sur les barbelés), accompagnée d&#8217;un texte extrait de Matthäus, 5.101 : « peuvent se réjouir tous ceux qui ont été persécutés, parce qu&#8217;ils ont fait ce que Dieu demandait&#8230;» [p. 244].<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">No comment.<br />
</span></p>
<p style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;">*<em>Die Gute Nachricht im Bild, Jahrestestament, DEUTSCHE BIBELGESELLSCHAFT, Stuttgart, 1982, 1991. Traduction sous la responsabilité de : Deutsche Bibelgesellschaft (Evangelisches Bibelwerk)<br />
Katholisches Bibelwerk e.V. Stuttgart<br />
Österreichische Bibelgesegsellschaft<br />
Österreichisches Katholisches Bibelwerk<br />
Schweizerische Bibelgesellschaft<br />
Schweizerisches Katholisches Bibelwerk</em></span></p>
<p style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em><br />
</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’explore attentivement ce périmètre qui m’était familier. La rue Albrecht, derrière le Berliner Ensemble, est toujours aussi défoncée, douloureuse pour les chevilles, mais certains immeubles ont été rénovés. J&#8217;y découvre un atelier où travaillent deux jeunes artistes anglais. Ils sont visiblement heureux de mon incursion curieuse. On bavarde, une des sculptures m’accroche. Elle n’est pas à vendre, mais il se « réjouit/<em>enjoy</em> » qu’elle me plaise et me remercie. Je repère des cages de métal étranges, des instruments bizarres. Sculptures ? Devant mon regard interrogateur, il fait un geste, qui semble vouloir effacer l’interrogation <em>— Ça, c’est pour les sado-maso, du travail de commande.</em> Il ne désire pas en dire plus. Il préfère me montrer d’autres sculptures. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À deux pas, je retrouve le salon de pédicure, tenu dans les années 70 par une Berlinoise, au franc parler un peu rauque.  En face, une petite épicerie et une pâtisserie artisanale du temps de la RDA survivent.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Les immeubles rénovés apportent des taches de couleur, égayant la grisaille encore dominante, et témoignant des changements qui s’opèrent. Les immeubles non rénovés ont un air d’abandon qui pérennise le Berlin-Est que j’ai connu. Je scrute les transformations </span><span style="font-family:verdana,geneva;">avec intérêt </span><span style="font-family:verdana,geneva;">et une certaine inquiétude aussi. <em>Berlin-Mitte</em> semble en voie de colonisation par des Wessi argentés.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Le passage frontalier de la <em>Friedrichbahnhof</em> et ses clôtures ayant disparu, la Spree a retrouvé sa liberté, et perdu son air de mare que le dispositif de sécurité lui donnait. Je reconnais ce paysage urbain, sans le reconnaître vraiment. La gare est en reconstruction, un chantier parmi tant d’autres, les vieux trains jaunes et rouges, inconfortables, continuent de circuler.  Le libraire-antiquaire, près de la gare,  sous le pont, a disparu. J’y avais acheté de nombreux livres introuvables. Le magasin est inoccupé, mais l’enseigne en garde la mémoire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> À hauteur des nouvelles  Galeries Lafayette  en revanche, la  <em>Friedrichstraße </em>affiche un luxe mal perçu par les Ossi, les cafés ressemblent à tous les cafés des métropoles européennes. <em>Plus de coins douillets, où l&#8217;on avait plaisir à rencontrer des amis pour bavarder de tout et de rien</em>, disent des Ossi.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Je fais demi-tour, préférant remonter la <em>Friedrichstraße. </em>Je n’aime pas ces constructions qui trahissent l’esprit-promoteur qui rentabilise le m2, peu respectueuse du passé multiforme qui implicitement structure une ville. Pendant un temps, c&#8217;est à Bonn, une ville rhénane à mille lieux de l&#8217;esprit berlinois,  que l’on reconstruisait Berlin.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Sur le pont de la <em>Friedrichsbahnhof,</em> une scène insolite pour les Ossi : un couple, avec enfants, habillés comme l’étaient les hippies des années 68, devant une camionnette anti-drogue qui distribue un produit de substitution. Une jeune femme regarde, à distance. Quand le Mur est tombé, de nombreux Berlinois de l’Ouest, des jeunes,  sont venus habiter à Berlin-Est,  les loyers  étaient moins chers. Dans leur sillage, la drogue conquiert ouvertement de nouveaux territoires. L&#8217;anticommunisme teigneux n&#8217;a pas que des racines politiques, théoriques, les économies parallèles se développent plus facilement dans les démocraties&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le petit bâtiment blanc à hauteur de la gare où j’avais vu, dans le passé, une exposition de peinture, tristement médiocre, est fermé.  J&#8217;arrive à hauteur du plus grand magasin, construit au début de siècle, le<em> Tacheles,</em> qui pérennise la mémoire de la guerre. La ruine, squattée par des artistes, est entourée d’un  terrain vague qui doit faire rêver plus d’un promoteur. Une sculpture faite de bric et de broc, entourée d&#8217;une herbe  rachitique, semble jouer les enseignes. J&#8217;y perçois de l&#8217;ironie.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> <em>Chausseestraße,</em> le cimetière huguenot et la <em>Brecht-Haus</em> sont restés semblables à eux-mêmes.  Dans la cave, le restaurant est encore un lieu convivial, mais la cuisine reste passable. S&#8217;il est vrai qu&#8217;il s&#8217;agit des recettes d&#8217;Helene Weigel, je m&#8217;autoriserai à dire  que les Brecht n&#8217;étaient pas des gourmets. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Peu de changements aux alentours, si ce n’est cette alternance d’immeubles rénovés et de façades à triste mine. J’ai cherché la petite pâtisserie qui faisait de délicieux gâteaux. En vain. Le capitalisme a progressivement raison du petit commerce artisanal,  toléré par le régime. Les Berlinois de l’Est en ont fait une blague. </span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;">*<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Désirant revoir l’<em>Alexanderplatz</em>, un souvenir à la fois urbain et littéraire, je m’y rends en métro. L’<em> Alexanderplatz</em>, vaste et découverte dans mon souvenir, semble avoir rétréci. Est-ce un effet d’optique dû aux nouvelles enseignes volumineuses et criardes ? Tout a changé. Je cherche en vain  le bâtiment administratif  où l’on m’avait donné des adresses de chambre,  le grand  hôtel, dont j’ai oublié le nom, et son restaurant où j’avais eu un échange assez vif avec le cuisinier du bar, à qui j’avais reproché, en riant, d’avoir transformé en semelle de cuir, trop salée, un morceau de faux-filet. Reproche perçu comme une insulte à un travailleur en terre socialiste ! </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je tourne et retourne sur la place, indécise. Et déçue. Nouveau : des camés, des <em>homless</em> et bien sûr, des policiers.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Les <em>homless</em> sont nombreux, partout dans la ville. « Un acquis du capitalisme » disent les Ossi, amers et ironiques. Selon A., nombreux furent les Ossi  à être pris  d’un désir fou de changement. Ils bazardèrent meubles, vêtements, appareils ménagers, voitures, “socialistes”, bref, ils s’endettèrent sur le mode capitaliste, pour acquérir les biens de consommation capitalistes qui flattaient le rêve d&#8217;une vie autre. Le chômage, cet inconnu, les rattrapa. Ils se retrouvèrent à la rue, sans trop comprendre ce qui leur arrivait.  Du temps de la RDA, on pouvait ne pas payer son loyer et continuer à occuper son logement, la constitution assurant le droit au logement.</span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Durant mes déambulations, j’éprouve des impressions contradictoires, de changement sans changement. Il arrive que des poches de changements radicaux surprennent, à d&#8217;autres moments, j&#8217;ai le sentiment d&#8217;être encore au temps de la RDA. Le <em>Märkisches Museum </em>est en ce sens exemplaire, le comportement des gardiens, le ton autoritaire de certaines dames rappellent de vieux souvenirs, il m&#8217;est arrivé de sursauter, surprise par ce qui me paraissait être des résurgences du passé. En fait, des <em>habitus</em> intériorisés par trois générations. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">L&#8217;Ouest de la ville a souvent des allures de capharnaüm avec sa profusion de marchandises, à l&#8217;Est, une certaine sobriété persiste, même si le nombre de commerces ouverts est impressionnant, qui donnent diversité et animation aux rues, autrefois taciturnes. U</span><span style="font-family:verdana,geneva;">ne frontière invisible continue à séparer, d&#8217;une certaine manière, les deux territoires urbains. Dans le langage, en particulier. <em>De l’autre côté ! &#8211; drüben</em> revient souvent dans le langage des Ossi pour parler de Berlin-Ouest. <em>— Ah, non, pas envie d’aller de l’autre côté ! </em>— <em>Ach, nein, keine Lust drüben zu gehen !</em> me dit une amie que j’invite à venir me rejoindre sur le Ku-Damm, à l’Institut français. Dix ans ont passé, mais l</span><span style="font-family:verdana,geneva;">a mémoire de la division est encore tenace, ravivée par les rêves avortés, les frustrations&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Parlant d&#8217;un chauffeur de taxi qui ignorait une  adresse wessi, j&#8217;apprends qu’une sorte de guerre avait éclaté entre les chauffeurs de  taxi de l’Est et de l’Ouest. Après la chute du Mur, les chauffeurs de taxi de l’Est s’étaient empressés d’apprendre le plan de Berlin-Ouest, espérant pouvoir y travailler, car « là était l’argent ». Quand les chauffeurs de taxi wessi virent arriver les Ossi,  ils les chassèrent. À chacun son territoire. Ou comment le Mur se reconstruit, invisible à l’œil.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Quoi qu&#8217;il en soit de ces changements  asynchrones, voire incertains,  j&#8217;ai plaisir à flâner dans Berlin-ville ouverte, à respirer un air qui me paraît plus léger, la division polluait les &#8220;atmosphères&#8221; tour à tour glaciales, étouffantes, politiquement toxiques&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> À l’Ouest, ça et là, des vers de Brecht sont devenus des slogans lumineux qui me <a href="http://fpbchb.wordpress.com/2008/12/">rappellent d&#8217;autres slogans lumineux de la RDA.</a> Centenaire marchand oblige.<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> Mercredi 6 février 1998<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J&#8217;aurais aimé être à Paris, à la cinémathèque, un hommage était rendu à Jeanne Moreau.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il faudrait écrire sur son sourire. Rare. Singulier. La gravité du visage, le passage du temps sur ce visage, lui donne un rayonnement plus intense. L&#8217;espace de quelques secondes, il éclaire </span><span style="font-family:verdana,geneva;">d&#8217;un coup </span><span style="font-family:verdana,geneva;">le visage quelques secondes avant grave, voire sombre, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">d&#8217;une lumière secrète</span><span style="font-family:verdana,geneva;">. Il irradie avec grâce. Une grâce légère. C’est le sourire de quelqu’un qui est en accord avec soi, la vie, son passage, ses peines/joies, un sourire qui dit qu’on joue le jeu, avec élégance, même si parfois, on n’est pas sûr qu’il vaille un bout de chandelle. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Rien, ni sa fulgurante réussite, ni sa durée ne sont venues entamer ce sourire, éclairé de l’intérieur. Car, il vient de loin ce sourire, elles viennent de loin les nuances du sourire de Jeanne Moreau. Il m’arrive de revoir un film pour revoir cet affleurement de l’être dans ce sourire, dans une nuance du sourire. Qui toujours me surprend.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">C’est certes une grande comédienne, mais plus encore une très grande dame, au sens où on disait au XVIIIe siècle, c’est <em>un honnête homme</em>. Ce sourire ne trompe pas. Il a la grâce et la force des êtres qui assument sans la moindre grimace la solitude humaine, et qui sont capables de reconnaître la présence de l’autre, à qui le sourire s’adresse. Comme un signe d&#8217;accueil et de reconnaissance.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Et sa voix… L’écouter disant <em>Une histoire immortelle </em>de Karen Blixen ! La voix porte le texte qui s&#8217;enrichit de <em>ce passage-par </em>une voix qui devient musique de fond. <em>Comme</em> une musique de fond, faudrait-il dire. Certes, une voix de professionnelle, mais l&#8217;art y devient nature, la maîtrise s&#8217;efface, se fait oublier. Le sentiment aussi qu’elle partage bien des choses avec Pellegrina Leoni, chanteuse qui a perdu sa voix&#8230; Orson Welles, aussi, aimait la Pellegrina. Le film est resté inachevé. Les fragments sont superbes.<br />
</span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana, geneva;">D. m’emmène, hors des centres en rénovation, dans de petits cafés à l’ancienne, des survivances. Je me dis sensible à leur atmosphère indéfinissable, elle m’explique alors que certains de ces cafés-restaurants ont été créés par des intellectuels, des artistes ossi qui avaient perdu leur emploi. De fait, l’air qu’on y respirait avait quelque chose d’intelligent. Mais oui !</span></p>
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:right;"><span style="color:#800000;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> <em>Brecht dans le Friedrichshain</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Une pérégrination dans le quartier <em>Friedrichshain</em> m&#8217;invite à retrouver Brecht que j&#8217;avais presque oublié. Une série de soirées initiées, depuis le 22 janvier, par des galeries, centrées sur les rapports de Brecht à la photographie, aux arts graphiques, plastiques et autour du chant. Je m&#8217;y promène et assiste à une soirée consacrée au jeune Brecht. Des poèmes de <em>Taschenpostille</em>, caressés gravement par la voix de baryton de Nino Sandow, accompagné au piano par Jens-Karsten Stoll, me ravissent à moi-même. Aussi, le samedi 7 février, j&#8217;allai au Berliner Ensemble, pour écouter une fois encore Nino Sandow, Brecht y cotoyait Maïakovski. Je n&#8217;avais pas relu les poèmes de jeunesse. Je les redécouvrais. Brecht, but &#8216;officiel&#8217;du voyage, mais surtout prétexte à mon désir de Berlin, commençait à me piéger.</span></p>
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<p style="text-align:right;"><span style="color:#800000;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Mardi 10 février, journée mémorable au Foyer du Berliner Ensemble</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"> De 12 à 18 heures, des comédiens du Berliner et des invités, nombreux, se relaient  pour lire du Brecht. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Une avalanche d&#8217;émotions. Régal textuel. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Écoute de deux documents inattendus : en premier, le <em>Protocole de l’Assemblée générale </em>du BE, lors du soulèvement du 17 juin 1953, un inédit, la prise de position y est ironique et décidée ; en second, la lettre d&#8217;un camarade, Pg., adressée à Ulbricht pour soutenir la demande de Brecht <em>d’avoir son théâtre,</em> il espérait, ce camarade,  que Brecht montrerait sa « primitivité » et qu’on pourrait ainsi « le casser définitivement ». Le succès international, à partir de 1954, obligea les camarades à continuer à financer le très coûteux Berliner Ensemble, fréquenté par les Wessi sensibles à la  &#8216;critique du capitalisme&#8217;, tandis que les Ossi, eux, en rêvaient. L&#8217;Histoire est parfois d&#8217;humeur facétieuse.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À partir de 14 heures, dans une des annexes,  <em>Karl-von-Appen-Zimmer, </em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"> </span><span style="font-family:verdana,geneva;">public et comédiens se retrouvèrent autour d&#8217;une immense table rectangulaire, avec au centre, un trou d’où sortaient comme de longs spaghettis une multitude de fils, avec à leur bout, des micros, au nombre de cinquante, en forme de petite coupelle, les uns noirs, les autres gris, les seconds devaient être portés aux oreilles. </span><span style="font-family:verdana,geneva;"> </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Pour écouter tous les fragments assemblés, il fallait faire le tour de la table. </span><span style="font-family:verdana,geneva;"> </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Une expérience inoubliable : <em>LOSE COMBO : FATZER/Monologie, </em><em>installation scénique avec Hermann Beyer </em>1). </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Je découvrais la puissance d&#8217;un texte que je n&#8217;aimais pas, je m&#8217;y suis toujours perdue. Heiner Müller le considérait comme un grand texte de Brecht. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je suis revenue deux jours plus tard pour écouter le seul texte, à mon rythme. Chaque phrase devenait formulaire, sentence, l&#8217;ordre aléatoire de l’écoute renforçant la dimension gnomique du texte.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Pour mesurer la force de la parole poétique de Brecht,  il faut  écouter <em>l’écriture-Brecht</em> mise en voix par des comédiens allemands qui savent faire affleurer l’énergétique qui porte l&#8217;écriture, l</span><span style="font-family:verdana,geneva;">es comédiens s&#8217;accordant à dire que les textes de Brecht exigent un gros travail musculaire de mise en bouche. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Énergétique qui va de la douceur caressante du <em>Lied </em>au carnassier des fauves humains de la jungle sociale, en passant, entre autres, par la légèreté, la grâce ironiques d’une plume qui vénère la Raison.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J&#8217;en suis si agitée que je renonce à <em>Têtes rondes et têtes pointues, </em>et à <em>La décision-</em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Die Maßnahme</em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>, </em>chantés par des élèves-comédiens.  Je suis revenue à 22 heures pour écouter Godard qui ne viendra pas, le film <em>Allemagne neuf zéro </em>sera projeté en son absence.</span></p>
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<p style="text-align:right;"><strong><span style="color:#800000;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">Les effets du retour à Brecht</span></em></span></strong></p>
<p style="text-align:right;"><span style="color:#800000;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">Recommencements</span></em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J&#8217;étais piégée. Moi qui avais dédaigné l&#8217;hommage français, commencé dès le mois de janvier 1998, qui avais eu l’intention d’explorer Berlin, de m’immerger dans la langue allemande, et de faire, <em>nebenbei, </em>incidemment, çà et là des parenthèses brechtiennes, un peu comme on revoit un vieil ami qu’on a perdu de vue depuis longtemps, en se demandant si on a encore des choses à partager, j&#8217;ai eu la surprise d’en recevoir plein les méninges. Le sentiment confus que j’étais passée à côté de l’essentiel. Désarroi, mais en même temps, une euphorie physique que seuls les grands artistes produisent. Comme si le corps entier participait de l’émotion, de l’échange. Cette euphorie physique s’accompagne d’une sensation de clarification au sens alchimique. On se sent plus intelligent, on plane par excès d’oxygène. J’adore cet état, assez proche de l’état amoureux à ses débuts. D&#8217;évidence, les textes de Brecht se défendaient, contre-attaquaient, exigeant une écoute poétique et non d&#8217;herméneute qui n&#8217;entend que des contenus &#8216;marxistes&#8217;, &#8216;pas assez marxistes&#8217;&#8230; trop marxistes&#8230;<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Mes déambulations urbaines se firent plus rares, je naviguais entre les lieux qui participaient au centenaire. Nombreux. Le 18 février, j&#8217;écoutai Manja Behrens qui prêtait son talent de diseuse à des ballades. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J&#8217;avais assisté, avant le mémorable 10 février, presque par devoir ou <em>habitus</em> universitaire, à trois tables rondes organisées par le <em>Literaturforum </em>à la Brechthaus ou au Berliner Ensemble : <em>Après-midi des metteurs en scène</em> avec Frank Castorf, Thomas Langhoff, Peter Palitzsch, Christoph Schlingensief, B. K. Tragelehn, drôle ; <em>Soirée des musiciennes/musiciens</em> avec Stefanie Wüst, Gottfried Wagner et Klaus Walter ; <em>Soirée du film </em>: <em>Souvenirs des débuts du Berliner Ensemble</em> avec Egon Monk, Peter Voigt, Hans-Jürgen Syberberg qui, du haut de son insolente jeunesse, avait décidé de filmer ce théâtre contesté en RDA, avec « sa vieille caméra ». Autant de metteurs en scène, cinéastes, qui ont fait leurs débuts au Berliner. Des réservoirs de souvenirs, bons et moins bons. Quelques réglements de compte sur les &#8220;héritiers&#8221;, jugés trop insolents.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le dimanche 8 février, j&#8217;avais écouté Adolf Dresen qui avait ouvert les festivités en s’interrogeant sur les erreurs de Brecht-lecteur de Marx. Ces ‘séances de <em>discours-sur’</em> (biographes, universitaires et plus encore philosophes, esthéticiens) commençaient à m&#8217;ennuyer. Non par anti-intellectualisme, mais parce que leurs approches théoriques, méthodologiques me paraissaient dépassées, l’herméneutique aux relents théologiques étant et restant toute-puissante en Allemagne, y compris chez les matérialistes.  Certes, la parole était plus libre, plus critique, les approches moins ennuyeuses que du temps de la RDA, mais les questions de contenu continuaient à dominer. Les textes comme énoncés, voire énoncés philosophiques ! Ce qui avait pour effets de poser des questions qui, aujourd’hui, me paraissent comiques : Brecht se serait trompé parce que “marxiste”? Adolf Dresen, dans son introduction brillante aux festivités-Brecht, avait exploré cette question et répondait par l’affirmative.  J’admirais le brillant de la démonstration, mais j’éprouvais un malaise intellectuel certain.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Se trompe-t-on, en tant que poète, parce qu’on lit Marx ? Curieuse question. Que signifie être marxiste ? La conviction déjà ancienne qu’il s’agissait d’un problème théologique qui avait peu à voir avec l’œuvre de Marx comme point  de  départ d’une réflexion, et non comme point d’arrivée. Si Brecht s’était “trompé” sur ces lectures, il restait à expliquer les <em>effets de l&#8217;écriture-Brecht,</em> sa mystérieuse efficience, aujourd’hui encore. Un poète n’est pas un idéologue, l’écriture est toujours plus savante que l’auteur. Je me sentais étrangère à ces interrogations esthético-philosophiques.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Même sentiment d’étrangeté face aux féministes allemandes qui, dans les marges des festivités,  attaquaient Brecht, pour défendre les collaboratrices “exploitées”, avec un certain succès auprès de femmes et dans la presse. La thèse de John Fuegi faisait son chemin! <em>Sex for text!</em> Cette manière de poser les problèmes me paraissait ringarde. Voire puritaine. Et de plus, humiliante pour les femmes. Vouloir faire des collaboratrices de Brecht, des écrivains cannibalisés par le mec-Brecht  est une mauvaise manière de les défendre. Pis, il réduit ces femmes à n’être que des victimes consentantes, des femmes exploitées. Elles méritaient mieux les collaboratrices de Brecht !  La position de Fuegi étant plus atterrante pour les femmes que pour Brecht.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ces femmes travaillaient sans être payées. <em>Sex for text without money.</em> Ingmar Bergman aussi ne payait pas ses actrices. Elles disent toutes, avoir trouvé du plaisir à jouer dans ses films.  Du plaisir à&#8230;  <em>Sex without money, but with  pleasure !</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">De plus, ces femmes ne sont pas des écrivains, même si elles ont écrit. Les poèmes de Margarete Steffin sont indigents. Pourquoi tenter de faire croire le contraire ?  Steffin avait la réputation d’être  « une critique impitoyable &#8211; <em>eine unerbittliche Kritikerin</em> ». Selon Ruth Berlau, elle critiquait tout ce qu’elle considérait comme tordu, énigmatique-v<em>erdreht</em>, et Brecht qui désirait s’adresser aux prolétaires, était attentif à ses remarques, lui qui pensait — justement — qu’il n’existe pas de grande œuvre sans mystère. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il faudrait y regarder de plus près, la critique des <em>Knittelverse</em> d’Arturo Ui par Steffin trahit une conception de la forme et donc de la littérature, très discutable. Elle en critiquait les irrégularités et se réjouissait d’avoir mis, comme elle disait, « des puces dans l’oreille de Brecht, le pauvre », l&#8217;adjectif apitoyé dit l&#8217;importance qu&#8217;elle s&#8217;octroie. Comme si une forme existait en soi et pour soi. Comme si un personnage, à la fois métaphore et métonymie d’un référent historique — en ce cas Hitler — devait respecter la tradition du  <em>Knittelvers,</em> alors même que dans la bouche de cette nouvelle espèce de gangsters, la langue allemande  boitait  et se déboitait !  Quant à Ruth Berlau, elle  disait apporter  le contenu et  Brecht la forme. Etrange conception de l’écriture. Des écrivains cannibalisés ?   Allons donc ! </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Au cöté de Paul Dessau, musicien, Elisabeth Hauptmann ne produisit aucun <em>song,</em> quand aux textes de sa plume, l&#8217;écriture en est plutôt banale. Si j’avais été éditeur, j&#8217;aurais partagé la méfiance de Suhrkamp sur les « corrections » de ces dames, qui exigeait les preuves manuscrites des corrections par Brecht. Hauptmann s&#8217;en plaindra.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">D’un point de vue féministe, il serait plus intéressant, me semble-t-il, de s’interroger sur  un type de relations où des femmes se pensaient indispensables.  De s’interroger sur le dévouement — comme don ? comme compensation ? recouvrement ? accomplissement par  personne  interposée ? comme source de  satisfactions narcissiques ?  Etc. Je sursaute quand une femme (ou un homme) ose dire  « <em>J’ai vu que sans moi, il n’arrivait  vraiment à rien</em> » (Margarete Steffin).<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quiconque a été placé en position  de premier destinataire, sait à quel point la situation est délicate, complexe. Le poète qui donne à lire ce qu’il vient d’écrire  est en position d’offrande, il est dénudé,  en état d’extrême  fragilité,   le pouvoir — si pouvoir il y a — glisse  du côté du <em>tu</em>, premier lecteur,  et les dégâts peuvent être grands, si la/le destinataire de l’offrande, n’a pas une conscience aiguë de ce qui se joue dans cet instant de première mise à l’épreuve, qui est un mouvement de partage à la fois joyeux et traversé d’une secrète inquiétude. Et plus la confiance est grande, plus la situation est dangereuse. Ruth Berlau confiait à Hans Bunge qu’il lui arrivait de différer une critique : « Si j’avais dit immédiatement quelque chose, Brecht n’aurait pas continué à écrire ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">C’est aussi une situation qui peut être perçue par la/le destinataire comme une pression parfois  intenable.  Il arrive que ces premières lectrices “forcées” fuient, n’y trouvant aucune satisfaction narcissique, vivant cette situation comme un emprisonnement. « <em>C’était terrible &#8211; Es war schrecklich</em>! » me disait  une amie, parlant de Heiner Müller, lui mettant sous le nez ce qu’il venait d’écrire. Mais nombreuses sont les femmes à aimer jouer ce rôle de “femme d’… artiste”, d’égérie, de secrétaire. À l’Université, j’ai toujours été amusée par ces universitaires (de droite et de gauche) qui, lors de la soutenance de leur thèse, remerciaient leur épouse qui, non seulement les avaient aidés, soutenus, mais avaient souvent sacrifié ou retardé leur propre travail de recherches quand elles étaient elles-mêmes universitaires ! C’est dire la force de <em>l’habitus</em> du second rôle pour parler comme Pierre Bourdieu.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans le cas des collaboratrices de Brecht, il importe aussi de ne pas oublier la dimension politique de cette collaboration, la conviction de participer à une grande œuvre qui s’inscrivait dans un dessein plus vaste, politique, dont elles partageaient l’utopie, cette 3e chose (<em>die 3. Sache</em>) si facile et si difficile à faire. Weigel, Steffin, Berlau, Hauptmann étaient membres du Parti communiste. D’une manière très générale, les militants-militantes de base qui avaient des rapports d’intériorité à ce projet utopique, aussi mystique qu’une croyance religieuse,  ont donné sans compter.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">En bref, il faut procéder à une approche dialectique, et donc historique (essentiel) qui interdit le simplisme moralisateur (homme exploiteur/femme victime), en tenant compte du vieux qui toujours nous habite sous forme de désirs contradictoires, du nouveau qui émerge, via des sujets historiques qui induisent des transformations dans les années vingt, en ce cas, des transformations dans les rapports  — homme /femme — transformations  auxquelles le nazisme tentera de mettre fin, ce qui aura pour effet, entre autres,  de rendre plus dépendantes de Brecht  — financièrement et professionnellement — des femmes qui, d’une part,  tenaient à leur indépendance financière, qui en temps normal, auraient pu développer leurs talents, après avoir acquis auprès de Brecht une certaine expérience, et tisser des relations dans le monde artistique. C’est moins Brecht qui les  piège, que l’Histoire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Si le proverbe <em>Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es,</em> contient quelque vérité, le moins qu’on puisse dire,  c’est que ces femmes ont su reconnaître un des grands poètes allemands du vingtième siècle.  Quant à Brecht, il est manifeste qu’il ne craignait pas les femmes intelligentes — il faut peut-être, pour  apprécier ce point à sa juste  valeur,  bien  connaître  l’Allemagne.  Pour de nombreux Allemands de ma  génération, “femme intelligente” était — encore — synonyme de <em>Blaustrumpf </em>(bas-bleu). &#8220;Trop intelligente pour une femme&#8221; est une expression que j’ai entendue maintes fois dans des situations diverses.  Ce n’était pas une maladie spécifiquement allemande,  mais en Allemagne, c’était lourd et dur à porter pour une femme. Le nazisme n’a pas inventé le modèle K(inder).K(üche).K(irche), il existait dans les têtes avant qu’il devienne objet de propagande, avec la complicité d&#8217;une majorité de femmes.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cet état d’esprit — très répandu, y compris dans les milieux étudiants, intellectuels — a commencé à changer avec les mouvements étudiants dans les années 70 et surtout,  avec les mouvements féministes qui suivirent, et qui furent très durs en Allemagne, leur violence étant à la mesure de la pression morale, économique, physique, sociale que les femmes subissaient. Je pourrais largement en témoigner, même si mon statut de Française me protégeait, </span>— &#8216;<span style="font-family:verdana,geneva;">le charme&#8217; de la Française atténuant les effets de l&#8217;intelligence était un stéréotype répandu. Mais, j’avais droit à d’autres mufleries sur les Parisiennes, ces femmes si faciles. Une vieille histoire masculine de <em>mama et de putain.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il faut relire, entre autres,  l’<em>Untertan </em>d’Heinrich Mann, mais aussi l&#8217;œuvre  de Marieluise Fleisser dont, par ailleurs, le parcours biographique peut être lue comme le roman de la servitude volontaire et du machisme le plus répugnant 2). Hannah Arendt se disait obligée de rappeler à Heidegger, à Ernst Jünger qu’elle savait compter jusqu’à 10 !  Comme Picasso a déconstruit en peinture les images idéalisantes de la femme-fleur,  et donc aliénantes,  Brecht en poésie a parlé de la femme non seulement comme être de chair, mais aussi comme individualité. Relire les sonnets érotiques destinés à Steffin et les poèmes pour la comédienne, Weigel.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il importe de replacer les rapports de Brecht aux femmes, (si on trouve le sujet si intéressant) dans leur cadre historique qui seul permet de comprendre cette époque de l’intérieur, et de mesurer la valeur des  transgressions dans les avant-gardes des années vingt. Ce qui peut paraître évident en cette fin de XXe siècle, ne l’était pas dans les années vingt, ni dans les années cinquante, soixante. Ajoutons les difficultés de la contraception pour ces générations de femmes (y compris la mienne encore). Il faut relire les pages de <em>Journal </em>du très jeune père-Brecht dont l’enfant a été mis en nourrice, pour mesurer les difficultés matérielles et affectives de telles situations.  Einstein ne se posa pas tant de questions, qui abandonna l’enfant né hors mariage par peur du scandale.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ajoutons que cet hyperproductif qui rendait les autres (hommes et femmes)  productifs, met aussi la main à la pâte pour les aider.  Dès son retour en Europe, il s’attaque à <em>Antigone</em> pour  remettre en scène Hélène Weigel. Il y parvient. Il lui donnera  ses plus beaux rôles, dont celui de <em>Mère Courage.</em> Une manière de contre-don à la comédienne et à la femme, pour les années grises passées à ses côtés dans le rôle bien traditionnel et terne d’épouse-de. Quand Fleisser, après la guerre, implore non sans pathos l’aide de Feuchtwanger, puis celle de Brecht, il répond par retour de courrier, le jour même. En 1950, il tente de promouvoir <em>Starker Stamm</em>, (commencé par Fleisser en 1944) au  Kammerspiele de Münich  qui  présentait <em>Mère Courage.</em> Il l’invite à revenir à l’écriture. Dans une lettre du 2 janvier 1952, il  lui propose   « une histoire vraie », le script d’une femme rebelle, « une sorte d’anti-Agnes Bernauer » [une pièce de Friedrich Hebbel], dont elle pourrait faire une pièce de théâtre, mais Fleisser qui, des années durant, avait servi de serpillère à un machiste, est incapable d’entrer  dans le personnage. Elle restera dans sa catholique Bavière, tentera de renouer avec l&#8217;écriture. Non sans difficulté.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">D’une manière générale, on peut dire sans crainte d’être démenti, que si le bonhomme Brecht et ses lubies, souvent exaspéraient ses proches collaboratrices et amantes,  le poète et l’homme, leur paraissaient </span>— <span style="font-family:verdana,geneva;">quand même </span>— <span style="font-family:verdana,geneva;">très au-dessus des autres écrivains qu’elles côtoyaient  dans l&#8217;entourage de Brecht. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Et si Brecht, en défendant sa liberté, envers et contre toutes, les avait aussi aidées, ces femmes, à devenir plus libres dans une société qui fonctionnait de manière presque caricaturale sur le culte de la virilité avec  ses représentations idéologiques dont la jeune Fleisser a du reste exploré certains des effets à travers la fiction ? De leur côté, ces femmes ont certainement éduqué Brecht, l’ont aidé à perdre quelques-uns de ses piquants de porc-épic égocentrique. Les lettres à Berlau, Steffin en témoignent largement.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Si j&#8217;argumente aussi longuement, c&#8217;est aussi parce que je n&#8217;ai pas pu faire entendre un autre son de cloche. Quand des poncifs deviennent dominants, il faut attendre qu&#8217;ils s&#8217;épuisent.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Mais des femmes ne sont pas seules à cracher dans la soupe. Il est amusant d’écouter d’ex-marxistes ou d’ex-communistes ou encore communistes  qui, aujourd’hui,  prétendent interroger Brecht « sans complaisance » qu’ils disent. Pour se blanchir d’engagements passés qui ne furent pas toujours honorables ? Et si l’on cessait de régler ses comptes biographiques sur le dos des artistes ?  Les blanchiments laissent intactes les questions soulevées par l’aveuglement passé, aux effets  si  ravageurs, et ne profitent qu’à la<em> société-telle-qu’elle-est, à sa mahagonnisation galoppante.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Mes neurones étaient donc en effervescence, constamment sollicités par les effets de ce retour à Brecht, via ce retour à Berlin.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J&#8217;étais avide de textes et non de <em>discours-sur</em> qui, en France déjà, m&#8217;avait ennuyée et progressivement éloignée de Brecht.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À l&#8217;Université, j&#8217;avais renoncé à un cours sur Brecht par peur des répétitions — surtout après avoir fait faire aux étudiants des dossiers sur B<em>recht et le discours de presse </em>dans les années 60/70. La <em>distanciation </em>et autres catégories &#8220;brechtiennes&#8221; étaient devenues des poncifs obligés. Il fallait prendre ses distances pour ne pas devenir gâteux !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les retrouvailles berlinoises se situaient dans un ailleurs qui n&#8217;avait plus rien à voir (ou si peu) avec le Brecht des années glorieuses. J&#8217;assistais donc principalement aux lectures de textes, aux soirées chantées, aux représentations. À l’écoute de Brecht. Un rapport physique/émotionnel à l’écriture, une écriture cristalline, si j’ose l’image, pour tenter d’en suggérer le simple, le précis et qui contrairement à ce qu’on pense, n’est pas le prosaïque. Aux facettes multiples comme le cristal. Brecht lisait Voltaire, Diderot, (en traduction, certes), connaissait notre XVIIIe siècle émancipateur, quelque chose de leur grâce, légèreté, est passé dans la langue allemande. Par Brecht.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">De nouvelles images très contrastées s’esquissaient. Des piles de questions à explorer se dressaient.<br />
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je découvrais aussi les difficultés de Brecht avec le pouvoir &#8217;socialiste&#8217; qui lui donna les moyens de faire le théâtre  dont l&#8217;exilé avait rêvé. Toujours au bord de la rupture, mais jamais consommée. Qu&#8217;aurait-il pu faire dans le RFA des années 50 où d&#8217;anciens fonctionnaires nazis  ré-occupaient des postes importants, dans la magitrature, entre autres ? Nouvelles images qui enrichissaient les figures de <em>Galilée, Puntila,</em> ces pièces en devenaient plus secrètes. D&#8217;où la puissance de cette œuvre qui s’est nourrie de ses contradictions, de ses angoisses, de ses colères. Contradictions personnelles exaspérées par les contradictions historiques, en particulier par ce qu’il appelait, après Marx, “la Misère allemande” qui, dans l&#8217;immédiat après-guerre, trouvait à se rajeunir dans la guerre froide.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Oublier ce qu’on pensait savoir — et relire. Relire/écouter.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;">*</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je vois pour la première fois une mise en scène d&#8217;<em>Ozeanflug,</em> Lehrstück radiophonique des années 1928/29, dans la mise en scène de Robert Wilson. Ayant promis à un wilsonien de prendre des notes, j&#8217;ai eu un rapport trop &#8216;professionnel&#8217; à la mise en scène pour pouvoir en dire les effets. Mais, je crois n&#8217;avoir rien éprouvé, le souvenir en reste effacé. Des discussions à la cantine du Berliner Ensemble m&#8217;inciteraient à penser que les comédiennes sont restées étrangères à l’univers de Wilson, et que lui-même n’a pas eu le désir de s’expliquer. Certaines se sont perçues comme de simples marionnettes dans les mains du metteur en scène&#8230;</span></p>
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<p style="text-align:right;"><em><span style="color:#800000;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Académie des arts, Hanseatenweg 10</span></span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le 24 février, je passai une première journée à <em>l’Académie des arts</em> qui, outre des conférences et l&#8217;exposition sur Brecht, <em>Essai de description d’un travail-Versuche, eine Arbeit zu beschreiben,</em> avait organisé d&#8217;autres expositions, des colloques, conférences, présenté des films et des ouvrages sur des contemporains, situant Brecht dans un vaste ensemble. Croisement largement panoramique d&#8217;une foule d&#8217;artistes dans différents espaces : Werner Krauss, comédien, Thilo Schoder, un inconnu pour moi, architecte et <em>designer</em> avant-gardiste de la République de Weimar,  à qui était consacrées une exposition et une soirée le 12 février, John Heartfield dont on pouvait voir les originaux des montages pour le <em>Arbeiter-Illustrierte-Zeitung </em>et le<em> Volks-Illustrierte,</em> le &#8220;Dadasoph&#8221; Raoul Hausmann,  <em>Bourreau de l&#8217;âme bourgeoise-Scharfrichter der bürgerliche Seele </em>dont l&#8217;exposition <em>Hausmann et ses amis </em>offrait à voir de nouveaux documents,  photographies, photomontages, lettres, textes, signés par des noms aujourd&#8217;hui célèbres, Otto Freundlich, Salomo Friedlaender, Franz Jung, Ludwig Mies van der Rohe, Hans Richter, Franz Roh, Kurt Schwitters, Arthur Segal et quelques autres, dont les artistes rencontrés à L<em>a Première Internationale de la Foire-Dada</em> à Berlin en 1920, Otto Dix, George Grosz. Bref, l&#8217;Avant-33 et sa prodigieuse productivité, inventivité audacieuse.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;">*<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L&#8217;exposition-Brecht était organisée autour de thématiques, <em>Brecht et la science </em>(responsabilité des sciences naturelles), <em>Brecht et Einstein, Brecht et l&#8217;Histoire, Brecht et l’économie</em>, etc., dans la bonne <em>tradition-DDR</em>. D&#8217;un intérêt moyen. De plus, ces thématiques sont productrices de mausolées et de leur « fausse éternité ». Mais elle donnait aussi à voir la bibliothèque de Brecht,  avec ses gloses, dédicaces, mise en relation avec des documents variés allant des photos aux costumes, modèles scéniques, etc. Sa Bible, avec en première page, collée sur la couverture, une reproduction d’estampe chinoise… Beaucoup de documents inédits. Je tournai longtemps autour de la bibliothèque, nourritures livresques d&#8217;une pensée-écriture.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Avant d&#8217;aller voir l&#8217;exposition sur <em>Hausmann et ses amis</em>, je fis une pause. Je prenais place à une table, occupée par une seule personne, je nouais conversation avec  l&#8217;inconnue. Un homme qu’elle interpelle de loin vest venu nous rejoindre, à contre-coeur, me semble-t-il. Il se trouve que c’est le secrétaire du département théâtre. Un Ossi. Je parle de mon expérience passée en RDA, de mes agacements, voire de quelques rages, des changements constatés et pas toujours réjouissants. Ils opinent. <em>Les Ossi,</em> me dit-on, plus ou moins directement,  <em>commencent à reprendre du poil de la bête.</em></span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">— Tout n’était pas noir en  RDA !</span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">—  Nostalgie ? </span></em><span style="font-family:verdana,geneva;">dit l&#8217;inconnue qui doit être wessi pour poser une telle question.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">— Mais non, personne ne veut revenir en arrière, mais on ne supporte pas l’arrogance de l’Ouest  qui cherche à faire croire que tout ce qui se fabriquait, se faisait, de ce côté-ci de la frontière, était médiocre. Humiliant à la longue !</span></em></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un besoin de reconnaissance.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La librairie Dussmann a donné forme à cette nostalgie qui n’est pas nostalgie, mais rêve frustré d’une <em>voie autre.</em> Celle qu’on leur trace, une fois encore de manière autoritaire, leur paraît pleine de chausse-trappes. Dans un coin de la librairie, on peut acheter d’anciens symboles, des étoiles rouges, des ouvrages marxistes-léninistes, etc. J’ai acheté lors d’un passage, deux recueils de blagues-DDR. Aujourd’hui, l’esprit de la blague semble tari.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L&#8217;exposition Hausmann fut un haut moment. <em>Haut</em> comme on dit <em>haut lieu. </em>Je rafraîchissais la mémoire du travail sur les avant-gardes européennes, et je découvrais tout le bigarré du tissu culturel/social/idéologique/… dans de nouveaux documents, en particulier des <em>Lettres </em>par lesquelles se tissent des liens entre les protagonistes d&#8217;une histoire culturelle contrastée, dense, que les monographies ont tendance à isoler, alors qu&#8217;ils sont d&#8217;infimes parties de ce qui devient avec le temps, un ensemble qui apparaît plus structuré qu’il ne l’a jamais été. Des singularités s&#8217;abreuvant aux mêmes eaux, faisant des choix dans la myriade d&#8217;idées qui fusent de tous les côtés (science, art, économie, psychologie, philosophie…), idées se croisant, se contaminant dans des synthèses parfois hasardeuses (psychologie biogénétique, cosmogonie glaciaire-<em>Welteislehre</em> d&#8217;Hanns Hörbiger (1860-1931), oscillant entre un subjectivisme (Hausmann) et un matérialisme extrêmes. De ce magma en fusion émergent progressivement des lignes-forces, des clivages, visibles souvent après-coup. Hausmann refuse l&#8217;art politique, mais tente de participer à la création d&#8217;un <em>homme nouveau </em>affranchi des contraintes bourgeoises, lui aussi, pense et vit les relations homme/femme, en rupture avec les codes d’une société qui lui paraissent révolus, il mâtine le matérialisme de cosmisme, vitalisme. Le catalogue — remarquable — a donné forme à cet immense et chatoyant kaleidoscope des années 1900-1933,  grâce aux notes et commentaires d&#8217;Eva Züchner 3).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je naviguai dans l&#8217;exposition jusqu&#8217;à la fermeture. Me repaissant de mots, d&#8217;images&#8230;<br />
</span></p>
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<p style="text-align:right;"><em><span style="color:#800000;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le cinéma : « 3 films, 3 visions »</span></span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Du 26 février au 4 mars, le <em>Filmtheater </em>des <em>Hakesche Höfe </em>proposait trois films. <em>Hundert Jahre Brecht</em> (1997) 2), collage d&#8217;Ottkar Runze, m&#8217;a le plus intéréssée, parce que montage de textes empruntés à <em>Baal,</em> récitées ou chantées par Christian Redl, au <em>Dreigroschenoper, </em>à<em> Grand peur et misère du IIIe Reich</em>, pièce que j&#8217;avais vue en France dans un lointain passé,  qui m&#8217;avait parue pauvre, de circonstance. Or, la scène de l&#8217;espion, celle de la Justice produisent, bien jouées, un sentiment d&#8217;effroi, et m&#8217;incitaient à relire cette pièce. Le montage s&#8217;achevait sur un texte que j&#8217;AIME, <em>Dialogues d&#8217;exilés</em>, joué par deux grands comédiens Udo Samel et Jürgen Hentsch. Un régal pour les neurones. Dans la tradition française de Diderot. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les éléments du montage étaient reliés par un fil biographique, le chant de Jenny, interprété par Meret Becker est chanté sur un bateau qui conduit vers l&#8217;exil, enchevêtrement de l&#8217;œuvre et de la vie qui donnait à ce film une charge émotionnelle certaine. Mais, comparé au travail de montage de Peter Watkins dans son film sur <em>Munch</em> où la vie et l&#8217;œuvre sont imbriquées avec une maîtrise rare, s&#8217;éclairant l&#8217;une l&#8217;autre, le film manquait de densité. Les textes de Brecht se défendaient avec vaillance, portant le film. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Bertolt Brecht-Liebe, Revolution und andere  gefährliche Sachen</em> (1998) de Jutta Brückner, Kaj Holmberg m&#8217;a paru sans intérêt. Non seulement, on relevait au passage des négligences qui trahissaient un certain amateurisme, mais les questions posées trahissaient des aprioris. Se demander qui était <em>vraiment</em> Brecht, quel rôle jouaient ses maux de cœur dans sa vie, s’il souffrait d’une névrose, moteur de son œuvre (!), si c&#8217;était un noceur-<em>Lebemann</em> ou un homme qui avait besoin des femmes comme nourriture pour son œuvre, quels étaitent ses rapports réels au mouvement communiste, autant de questions qui trahissent et des réponses toutes faites  et un évitement de l&#8217;œuvre dans sa complexité, densité, tout en faisant semblant de lorgner vers l’œuvre. Quoi qu&#8217;il en soit, de pauvres questions pour éclairer une œuvre aussi complexe et diversifiée.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un poète, un artiste offre une œuvre à lire, à voir, à entendre, on peut ignorer le don, on peut le refuser, on peut l&#8217;examiner avec distance,  mais a-t-on le droit de produire du bavardage pseudo-savant à des fins d&#8217;autosatisfactions narcissiques sur le compte d&#8217;un autre bipède ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>My Name is Bertolt Brecht-Exil in USA, </em>1988, était un documentaire sans prétention sur Brecht aux USA, avec en final l&#8217;interrogatoire (<em>Hearings)</em> par la commission McCarty, qui devait avoir conscience du ridicule de ses questions qui n&#8217;osa pas faire comparaître Charlie Chaplin, dont les réponses auraient pu déclencher le rire de la salle et les disqualifier. Les réponses de Brecht élaborées par les avocats qui aidaient les &#8220;prévenus&#8221; contournent habilement les questions.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La radio ne fut pas en reste, sur <em>radio-Kultur,</em> de nombreux Feature, sur <em>Lukullus,</em> sur <em>Brecht et le 17 juin</em>, mais aussi <em>Brecht verjazzt</em>.</span></p>
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<p style="text-align:right;"><strong><span style="color:#800000;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">La descendance de Brecht</span></em></span></strong></p>
<p style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#800000;"><em>Le train et l’arme magique -  Der Zug und Die Wunderwaffe</em></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Non moins stimulante, la descendance de Brecht. Dans le cadre du centenaire, on a pu voir un documentaire de 70 minutes sur <em>Le train anachronique ou Liberté et Démocratie</em> &#8211; <em>Der anachronistische Zug oder Freiheit und Democracy</em>. Un train de 400 mètres, composé de 40 voitures, dont de luxueuses limousines, des voitures publicitaires de grandes banques, mais aussi des engins de la Wehrmacht, des LKw, </span>— <span style="font-family:verdana,geneva;">ces camionnettes qui ont servi à transporter tant de victimes de l’armée conquérante, au service du IIIe Reich </span>—<span style="font-family:verdana,geneva;"> avec des inscriptions ironiques, qui rappellent le passé nazi de certains hommes politiques, G/L/O/B/K/E, L/Ü/B/KE, dont chaque lettre est inscrite sur le dos d&#8217;un dossier, l&#8217;ensemble des dossiers formant une  bibliothèque placée sur une camionnette&#8230; S&#8221;y inversent les valeurs courantes :  «<em>Freiheit statt Butter</em>», construite  sur le modèle nazi «Kanonen statt Butter» (Göring), «<em>Freiheit statt Befreiung</em>», «<em>Freiheit statt Politik</em>»&#8230; inversions qui  visent à  dénoncer le discours politique des &#8216;nouveaux&#8217; dominants. IMPRESSIONNANT d&#8217;inventivité. L&#8217;ironie ravageuse du poème de Brecht fait école. Les élèves sont doués. Mais l&#8217;importance des moyens pointent des financements. La RDA instrumentaliserait-elle l&#8217;ironie corrosive de Brecht après l&#8217;avoir redoutée ?<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Ja ! Brecht bleibt unbequem </em>- Brecht reste <em>inconfortable, gênant, incommode, dérangeant</em>, je ne parviens pas à choisir l&#8217;adjectif français le plus adéquat.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ce train anachronique  traversa l’Allemagne du 18 novembre au 2 décembre 1990 (date des élections), de Bonn à Berlin, provoquant les autorités aux frontières des différents Länder, mobilisant les médias, revenant sur des lieux symboliques  du nazisme (entre autres), s’arrêtant devant d’anciens alliés (IG Farben i.A.), avec  pour motto : <em>Brecht au lieu de  l’Allemagne par dessus-tout</em> &#8211; <em>Brecht statt  Deutschland  über alles.</em> À chaque arrêt, des fragments du long poème de Brecht <em>Der anachronistische Zug oder Freiheit und Democracy </em>écrit en 1947, étaient récités par Hanne Hiob. Un train pour protester contre les conditions de la réunification. En 1947, Brecht protestait contre la <em>democraty </em>des puissances d’argent, en faisant défiler dans l&#8217;Allemagne dévastée, le train des hauts fonctionnaires, des économistes, des politiciens et des profiteurs du nazisme, petits et grands, faisant valoir leur droit à la <em>democraty </em>et à la liberté, dans 41 strophes de 4 vers. En 1990, le train proteste à nouveau contre ces mêmes puissances qui annexent la RDA et la poussent  sur une voie qui n’est pas celle dont les opposants avaient utopiquement rêvée.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un train comme “expérimentation sociologique”, provocatrice. Les participants — des travailleurs, des apprentis, des élèves et des étudiants, de l’Est, de l’Ouest — portent des masques qui évoquent de sinistres personnages ou des politiques, les policiers interviennent, souvent, le masque est une insulte, il doit être enlevé, après quelques palabres, le masque est enlevé, mais il a produit l’effet recherché. C’est fort, ça grince, ça coince, ça dérange, et pas seulement les autorités !  Des citoyens n’aiment pas qu’on leur rappelle un certain passé. — <em>So viel Geschichten für ein  paar Juden ! </em>dit une citoyenne d’un âge certain. — <em>Tant d’histoires pour quelques Juifs ! </em>Du bon théâtre d’agit-prop, si on en juge par les échos médiatiques. Tonique aussi, pour qui a le sentiment de patauger dans un  bourbier inquiétant.<span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ce train avait déjà pris la route en 1980,  dans un combat contre la candidature de Franz Joseph Strauss à la présidence de la RFA. Il partit de Sonthofen, parcourut 3300 km  avant d&#8217;arriver à Bonn. À l’époque, le train participait à un combat aux enjeux politiques cruciaux. Strauss fut battu.  En 1990, le train partit de Bonn le 18 novembre, arriva à Berlin le 2 décembre après avoir sillonné  la RFA et la DDR durant deux semaines. Son nouveau combat : s&#8217;attaquer à l’organisation des élections dans les deux Allemagnes qui « ne promettaient rien de bon pour l’avenir » </span>—<span style="font-family:verdana,geneva;"> et la conception de la liberté  dont  les unificateurs se réclamaient. Au printemps 1991, des voitures portant l&#8217;inscription <em>Brecht statt Deutschland über alles </em>(Brecht au lieu de l&#8217;Allemagne par dessus-tout) furent exposées dans la cour intérieure de l&#8217;Université Humboldt. Le train échoua à faire entendre les mises en garde ; en RDA, les illusions étaient trop fortes. Et Kohl, le chrétien-démocrate encore bien installé sur son socle de Président de tous les Allemands, soutenu par des puissances financières occultes. Le poème de Brecht est en attente d&#8217;une nouvelle écoute. </span></p>
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<p style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#800000;"><em>D’autres centenaires un peu effacés</em></span><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">1998  était aussi l’année du  centenaire d’Hanns Eisler, de Sergej Eisenstein. Le centenaire de Brecht a eu tendance à faire passer au second plan, ces contemporains essentiels.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’assistai à deux tables rondes sur Eisenstein. Lors de la première table ronde (12 février 1998), Oksana Bulgakowa présenta un ouvrage collectif <em>Eisenstein und Deutschland </em>4), et Walentina Korschunowa, la co-traductrice des mémoires d’Eisenstein, <em>Yo Ich selbst, Memoiren</em> 5), expliqua les difficultés de la traduction des textes d’un artiste qui parlait plusieurs langues, et dont le russe était de ce fait singulier. Elle produisit des exemples intéressants où la structure de la phrase russe, le lexique, étaient marqués par l’allemand — la langue du père (un Juif allemand converti à l&#8217;Église orthodoxe russe), la langue de son journal intime, de certains textes théoriques: <em>Nachahmung als Beherrschung</em> &#8211; <em>Imitation comme maîtrise</em> ou <em>Dramaturgie der Filmform</em>-<em>Dramarturgie de la forme filmique</em>. Difficultés donc de traduire en allemand cette tonalité allemande du russe. De son côté Oksana Bulgakowa précisait les rapports très denses d&#8217;Eisenstein à la culture allemande, allant de la littérature à la musique en passant par la peinture, le cinéma, l&#8217;archictecure, le style de la caricature (<em>Simplizissismus</em>). Un passeur. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L&#8217;ouvrage contient aussi des échanges épistolaires d&#8217;Eisenstein avec des artistes, écrivains, hommes de théâtre allemands (Feuchtwanger, Otten, Toller, Piscator., etc.). Sur une tendre photographie, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">prise chez Tretjakov </span><span style="font-family:verdana,geneva;">en 1932</span><span style="font-family:verdana,geneva;">, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">les affinités huamines/poétiques/théoriques de Brecht et Eisenstein se  disent dans un geste furtif, Eisenstein effleure le menton de Brecht qui le regarde, Brecht a rapproché sa main droite de la joue gauche </span><span style="font-family:verdana,geneva;">d&#8217;Eisenstein, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">doigts repliés, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">sauf</span><span style="font-family:verdana,geneva;"> l&#8217;index posé sur la joue du cinéaste. (<em>La photographie &#8217;scannée&#8217; refuse de se laisser transférer sur le site, je le regrette</em>).<br />
</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La seconde table ronde (19 février 1998), <em>Eisenstein et l’art filmique aujourd’hui,</em> tournait autour de deux axes. L’un à la mode  : nous ne croyons plus à l’Histoire, à l’Utopie, et donc que faire d’Eisenstein ?   Ne serait-ce pas une “<em>Vaterskostbarkeit</em>” (un bijou  de  papa) ? Une question rhétorique, suivie d’une allusion au <em>concept d’harmonisation des sentiments</em> chez Eisenstein. Devenue allergique à ce type de discours philosophiques, esthétiques sur l’art, je n&#8217;ai pas fait l&#8217;effort de comprendre. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il fut question de la technique du montage comme moyen de montrer le <em>non-visible,</em> de l’importance du concept d’image (<em>Bildbegriff)</em> associé à la métaphore,  de ses liens avec l’architecture, liens qui intéressent Oksana Bulgakowa.  Elle connaissait son sujet  et posait de bonnes questions aux intervenants. La théorie eisensteinienne apparaissait comme un vaste système, à visées totalisantes (anthropologie, ethnologie, psychologie, linguistique, (connaissance des travaux du linguiste  Luria, si passionnants). </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans une perspective philosophique, une intervenante souligna la nature «<em>pré </em>[sic!] -sémiotique, pré-structurale» du travail théorique d’Eisenstein : entre autres, destruction de l’opposition émotion (Gefühl)/ratio; logique/émotion. Elle souligna son anti-naturalisme, anti-psychologisme. L&#8217;intervenante interprétait Eisenstein, dans le cadre de la <em>sémiotique </em>(cette référence obligée) et non dans le cadre d’une réflexion sur la <em>poétique</em> spécifique d’Eisenstein.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le second axe était historique. Les  intervenants firent un tour d’horizon sur les rapports d’Eisenstein avec d’autres cinéastes  dans le monde, de différents points de vue. David Robinson dressa le tableau contrasté des relations d’Eisenstein et des cinéastes anglais. Dans les années vingt, il est interdit dans l’Angleterre démocratique, on l’importe donc illégalement ; dans les années trente-quarante, il exerce une influence directe et profonde sur Hitchcock. En 1939, Eisenstein se rend en Angleterre pour un Congrès.  Mais, c’est en  1943 qu’il trouve son premier public. À partir des années soixante commence un long processus d’absorption, à son apogée dans les années soixante-dix. Au présent, il est “plutôt rejeté”, la notion de manipulation étant jugée dangereuse. Eisenstein,  lui-même, avait conscience des dangers de la manipulation du spectateur. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Mais, la notion de <em>manipulation </em>est-elle opératoire dans le champ de l’art ?  Quand je ris ou je pleure sur un personnage de papier ou de pellicule, quand je suis émue par un poème, une partition, etc., suis-je manipulée? Et si manipulation il y a, ce n’est pas la manipulation qui est dangereuse, mais l’absence d’éthique dans la manipulation. En fait, cette notion masque une conception désuète de la pratique artistique, mais qui persévère.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L’intervenant russe, Naum Klejman, m’a paru faible, son argumentaire reposait sur une distinction fragile entre un <em>Eisenstein masculin </em> du côté du totalitarisme, et  un <em>Eisenstein féminin,</em> artiste, qui seul l’intéressait.  Le dualisme traditionnel qui aujourd&#8217;hui fait mode. Comme si les femmes, le féminin&#8230;  Passons !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un brésilien, José Carlos Avellar (Rio de Janeiro) parla des rapports d&#8217;Eisenstein et du C<em>inéma Novo</em> qui, libérant le cinéma des codes hollywoodiens posait un regard nouveau sur la société. Un regard politique. Le montage eisensteinien influença de nombreux cinéastes d&#8217;Amérique latine, Solenas en particulier. Dans les années 60, les textes d&#8217;Eisenstein (en anglais, espagnol) palliaient l&#8217;absence d&#8217;école de cinéma.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je me souviens encore des émotions nous bousculant. <em>Le dieu noir et le diable blond </em>de Glauber Rocha&#8230; <em>Antonio das mortes </em>(1969)&#8230; <em>Les fusils </em>de Ruy Guerra&#8230; En 1998, l&#8217;Ours d’or berlinois attribué à <em>Central do Brasil </em>de Walter Salles réactivait les souvenirs enfouis. La dictature  militaire qui avait mis fin au cinéma Novo, n&#8217;avait pas eu raison du cinéma brésilien.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cette table ronde s’achevait sur  <em>Eisenstein et les femmes</em> par Jutta Brückner une féministe allemande, auteur du film, à mes yeux, discutable sur <em>Brecht,  &#8211; Love, Revolution and others dangers.</em> Son intervention m’a intéressée. Elle enseignait le cinéma. Les étudiants appartiennent, disait-elle, à la génération qui est née avec la télévision, et qui ne connaît que le traitement de l’image par la télévision — <em>Bilderbrei/</em><em>soupe d’images</em> — d’où ses difficultés à comprendre le traitement de l’image par Eisenstein.<em> </em>Elle en caractérisa les effets sous le  concept de <em>Formlosigkeit &#8211; absence de forme. </em> Les nouveaux médias,  vidéo et ordinateur dont ils se servent par nécessité, renforceraient cette <em>Formlosigkeit</em>.  Par ailleurs, la narrativité prévalant sur la construction du sens (<em>Bedeutung)</em>, le montage constructif leur est étranger. Pour cette nouvelle génération, concluait-elle, comprendre Eisenstein exigerait  un effort théorique, c&#8217;est-à-dire héroïque ! Elle insista sur cette nouvelle organisation de la perception pour cette “génération télévisuelle”. À cette incompréhension “naturelle” (si on peut dire), vient s’ajouter  un certain rejet de la théorie, à la mode aussi, et de la théorie d’Eisenstein en particulier, sous couvert d’esthétique totalitaire. Plus intéressant, le rejet du pathos héroïque. Toujours douteux politiquement.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Elle parla ensuite du rapport des femmes cinéastes à Eisenstein. Rapports encore plus difficiles, selon elle. Un rejet de l’esthétique totalitaire comme regard au masculin. Elles lui reprochent d’avoir décrit  le peuple (<em>Das Volk</em>) comme  un monde d’hommes, les femmes étant surtout  l’objet d’un regard critique, « symbole du sentimentalisme petit-bourgeois ».  Le « flux des désirs &#8211; <em>Strom des Begehrens</em>» eisensteinien se  situerait  entre  l’homme  et  les choses. Chez les  cinéastes femmes,  ces « flux des désirs » auraient pour objet les êtres,  les cinéastes femmes préférant se tourner vers le monde des sentiments, des rapports humains, des rapports homme/femme.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À voir, à explorer. J’avoue n’être pas convaincue par ces oppositions dualistes.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Elle terminait en disant que pour le moment, <em>Eisenstein n’était pas utile dans leurs recherches, « c’etait plutôt une affaire de l’avenir ».</em><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le modérateur, Hans-Joachim Schlegel, avait fait remarquer que dans les années vingt, il existait en Russie, un mouvement féministe qui remettait en question l&#8217;image négative de la femme dans les films d’hommes, et pas seulement eisensteiniens. Elles exigeaient la parité dans la production filmique pour précisément pouvoir changer cette image.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il faut s’y faire, la tradition occidentale a tendance à créer du nouveau dans le rejet de ce qu’elle a adoré pendant un temps. Dans l’<em>après </em> “socialisme” et  dans  la “victoire” du capitalisme, la guerre froide se pérennise sous d’autres formes. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Penser chinois. Ou du moins essayer. La <em>Beweglichkeit</em> intellectuelle (mobilité) brechtienne en est une forme.</span></p>
<p style="text-align:center;">❖</p>
<p style="text-align:right;"><em><span style="color:#800000;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un  regret&#8230;</span></span></em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ne pas avoir pris le temps de participer à une excursion à Buckow.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’ai emporté plus de 20 kg de livres. Parmi les bouquins achetés : deux énormes pavés, <em>Dokumente zur Geschichte der Akademie der Künste</em>, des documents sur les deux Académies des Arts, couvrant la période 1945-1993. Dans l’ouvrage concernant la RDA figurent les discussions sur les pièces “politiquement incorrectes”, <em>Lukullus</em> de Brecht, sa mise en scène du  <em>Ur-Faust,</em> considérée comme une attaque insupportable de la “culture allemande”. Le jeune Hans-Jürgen Syberberg osa fixer cette mise en scène sur pellicule. On y voit un Faust, traité comme un intellectuel minable, flanqué d&#8217;un diable guère plus malin que le maître qu’il sert. Les comptes rendus des séances du printemps 1953, houleuses, concernent l&#8217;opéra de Hanns Eisler <em>Johann Faustus</em>, Eisler en faisait aussi une figure de la <em>Misère allemande,</em> en le confrontant au révolutionnaire Münzer. Débats passionnants pour comprendre les enjeux politiques des affrontements, Eisler, Brecht interrogeaient les fondements idéologiques de la République démocratique. </span></p>
<p style="text-align:center;">*</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Au lycée, j&#8217;avais appris par cœur des passages de <em>Faust</em> — pour le plaisir et non comme pensum scolaire. L’Université m’en avait détournée, Goethe y était devenu ennuyeux. Mais, c’est Brecht qui ébranla à jamais mon admiration juvénile.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">— <em>Faust !  il avait eu besoin du diable pour séduire une femme, </em>avait-il dit ironiquement<em>, un vrai homme allemand !</em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cette remarque m’avait fait sursauter, et beaucoup rire. Je n’avais jamais osé faire un rapprochement entre mon héros d’adolescente et la drague de certains hommes allemands. Il suffit parfois d’un bout de phrase pour éclairer des situations, grossières ou grotesques, où  l’alcool jouait le rôle du diable faustien.</span></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je revenais donc à Paris avec des piles de questions à explorer. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Comprendre le pourquoi des émotions textuelles si intenses. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Durant les années de brechtologie obligée, qui étaient aussi des années où le capitalisme avait une santé florissante, et donc pouvait supporter sans grands dommages les critiques les plus acerbes, où les herméneutiques qui écrasent l’œuvre sous des catégories politiques, esthétiques et/ ou  philosophiques, étaient hégémoniques,  Brecht, comme tant d’autres,  a  été instrumentalisé. On y cherchait des “contenus de gauche”, on explorait l&#8217;œuvre avec des catégories élaborées par Brecht lui-même au risque de manquer  tout ce qui les déborde. Brecht lui-même, en RDA, en mesurait les limites, aussi, lui arrivait-il de ronchonner  <em>— Ideologie, immer noch !  &#8211; Idéologie, encore et toujours ! </em>disait-il, au sujet d’un travail de thésard.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ce sont des chanteurs, rocker, jazzmen, ou classiques (<em>Lied</em>), qui ont rappellé que Brecht est poète. La brechtologie des années 60/70 avait fini par le faire oublier. Revenir au poète est devenu, pour moi, une urgence. Par poète, j’entends ces rapports singuliers d’un sujet à la langue qui s’en trouve transformée. Et qui fait ce que Thomas Mann parlant de la spécificité de Brecht, désignait comme  <em>Kulturgeschichte &#8211; Histoire culturelle.</em></span></p>
<p style="text-align:center;">❖</p>
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<p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family:verdana,geneva;">P.-S. Je ne suis pas revenue à Brecht. Pas encore. Je m&#8217;en explique sur un nouveau site consacré au JOURNAL DE TRAVAIL [http://fpbjt.wordpress.com/]</span></em></p>
<p><strong>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</strong></p>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">1. Jörg Laue, Hans-Friedrieh Bormann et Christoplier Martin, assistés par des <em>performer,</em> musiciens et artistes plastiques, participaient de l’événement textuel. <em>FATZER/Monologie </em>étant une reprise du groupe qui développait et montrait ses projets depuis 1995 dans des différents lieux, dont le mythique <em>Theater am Halleschen Ufer.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">2. John Fuegi, biographe de Brecht, se servira des rapports Brecht/Fleisser pour discréditer le poète. J&#8217;en décortique la méthodologie dans un article intitulé <em>Brecht, une figure de la suspicion</em> (à paraître).</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">3. <em>Scharfrichter der bürgerlichen Seele, Raoul Hausmann in Berlin 1900-1933. Unveröffentlichte Briefe Texte Dokumente aus den Künstler-Archiven der </em><em><a href="http://www.berlinischegalerie.de">Berlinischen Galerie</a></em>, Herausgegeben und kommentiert von Eva Züchner (532 Seiten und 160 Abbildungen Berlinische Galerie, Berlin Verlag Gerd Hatje, Ostfildern.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">4. Oksana Bulgakowa, <em>Eisenstein und Deutschland, Texte, Dokumente, Briefe,</em> Akademie der Künste, Henschelverlag Kunst und Gesellschaft, Berlin, 1998.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">5. Walentina Korschunowa et Naum Klejman, Y<em>o Ich selbst, Memoiren</em> de Sergej M. Eisenstein, introduction de Sergej Jutkwitsch, Wien : Löcker 1984, en deux volumes ; Henschelverlag Kunst und Gesellschaft, Berlin, 1984 ; Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt, 1988.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span></p></blockquote>
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Posted in Cinéma Novo, Eisenstein, Eva Züchner, Fleisser Marieluise, Hans-Jürgen Syberberg, Hausmann Raoul/Dadasoph, Hitchcock, Jeanne Moreau, John Heartfield, Le train anachronique ou Liberté et Démocratie - Der anachronistische Zug oder Freiheit und Democracy, Margarete Steffin, Nino Sandow, Ur-Faust  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/fpbchb.wordpress.com/928/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/fpbchb.wordpress.com/928/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/fpbchb.wordpress.com/928/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/fpbchb.wordpress.com/928/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/fpbchb.wordpress.com/928/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/fpbchb.wordpress.com/928/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/fpbchb.wordpress.com/928/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/fpbchb.wordpress.com/928/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/fpbchb.wordpress.com/928/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/fpbchb.wordpress.com/928/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=fpbchb.wordpress.com&blog=1910555&post=928&subd=fpbchb&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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